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Une jeune fille au soleil – Chapitre VI Amitié

Posté par ENO filles le 17 février 2011

Une jeune fille au soleil – Chapitre VI Amitié

Je mis quelque temps avant de me lier d’amitié. Ma meilleure amie que je considérais comme une sœur fut Mireille. Je ne fis pas tout de suite sa connaissance. En effet, elle faisait partie du groupe des redoublantes. D’autre part, quelque temps après la rentrée, une mauvaise grippe décima les classes. Mireille eut des séquelles de cette grippe puisqu’elle attrapa un herpès aux yeux et fut obligée de manquer tout un trimestre. D’ailleurs, elle resta toujours fragile de ce côté-là. Lorsqu’elle revint, au second trimestre, comme son bureau était situé près du mien, nous avons commencé par faire notre travail de français ensemble. Puis nous en sommes venues aux confidences. Elle avait déjà ses propres amies et je m’aperçus bientôt qu’elle me donnait la préférence. Durant les grandes vacances, j’allai passer une semaine chez elle  à Perrégaux où je fis la  connaissance de ses parents et de ses deux sœurs plus jeunes qu’elle. Elle vint ensuite passer une semaine à la Fontaine des Gazelles, ce qui finit de consolider notre amitié. Elle appréciait beaucoup mon père car ce dernier, aimant les grandes discussions. Nous passions nos soirées à bavarder, à échanger nos impressions. Elle n’avait pas l’habitude de ce genre de discussions car son père était peu loquace.

Mireille était jolie et toujours bien habillée. Elle achetait ses vêtements chez les meilleurs commerçants d’Oran ou les faisait confectionner par une couturière. J’avais à la fois de l’admiration et de l’affection pour elle. Cependant, elle m’agaçait parfois avec ses amours compliquées car pour ma part, c’était une chose qui ne me préoccupait guère. Je n’avais qu’un but, avant de songer à fonder un foyer. Je trouvais cela beaucoup trop sérieux pour m’y lancer à la légère et je ne me sentais pas mûre.

Ma seconde amie était Séverine. Ce qui nous a rapprochées au départ, c’est qu’elle n’avait pas, elle non plus effectué sa première année d’Ecole Normale à Oran mais à Alger. Ses parents étaient venus s’installer à Sidi-Bel-Abbès. Notre entente n’était pas parfaite, nous nous heurtions souvent. Elle était pince sans rire et savait trouver le mot pour rire quand elle était de bonne humeur. Par contre quand elle était morose, elle nous envoyait sur les roses dans les grandes largeurs.

Nous avions droit à un jeudi après-midi de libre par trimestre de 14h à 17h. Nous descendions en ville en bus et cela nous permettait de faire quelques achats. Comme elle devait acheter un blazer à sa mère, Séverine me demanda de l’accompagner. Je l’emmenai chez les commerçants que je connaissais et nous en trouvâmes un très coquet et à un prix raisonnable. Elle hésita, nous vîmes alors d’autres magasins. Elle se décida enfin à l’acheter. En regagnant l’Ecole Normale, elle ne cessait de me dire : « Tu crois que j’ai bien choisi ?

-Je trouve qu’il est très bien et qu’il conviendra parfaitement à ta maman ».

Au bout d’un moment, elle revint à la charge : Tu crois que j’ai bien fait ?

-Je t’ai dit que je le trouve très bien. Tu vas te poser la question encore  longtemps ? Fais un peu preuve de personnalité, quand on a pris une décision, on s’y tient, on ne passe pas son temps à revenir dessus ».

Elle était vexée et nous avons terminé le trajet sans échanger un mot. Le soir, pour prendre la douche, j’avais l’habitude de lui emprunter son bonnet. Je m’abstins d’aller le chercher. Le lendemain matin, c’est elle qui servait le café. Je ne lui présentai pas mon bol. Ces enfantillages nous contrariaient l’une et  l’autre. Nous nous réconciliâmes rapidement et elle m’apprit que le soir, elle avait mis le bonnet de douche bien en évidence sur son lit et elle était partie aux toilettes pour me permettre de le prendre sans la rencontrer.

Elle était amoureuse de Jean mais son père ne voulait pas entendre parler de mariage tant qu’il n’avait pas fait son service militaire. En ce temps-là, un jeune homme n’était considéré comme un homme que lorsqu’il avait fait son service militaire. C’était la première chose que les parents demandaient quand il était question de marier leur fille. Cependant, en raison de la guerre qui se déroulait dans notre pays, le service militaire durait 28 mois. C’était bien long à attendre, les parents demeuraient néanmoins inflexibles.

Ma troisième amie était Marie, Timide et effacée, mon antithèse. Nous avions été en classe ensemble à Sidi-Bel-Abbès à l’école Paul Bert. C’est elle qui me reconnut la première. Le jour de la rentrée, j’étais en train de ranger mon trousseau dans le placard de ma chambre quand elle reconnut ma voix. Elle a écarté silencieusement le rideau de ma chambre : « Tu n’es pas Danièle Derschlag ?

-Oui, pourquoi ?

-Je t’ai reconnue à ta voix, nous étions ensemble à l’école à Sidi-Bel-Abbès, Tu ne te souviens pas ? ». Je me souvenais très bien et cela nous a rapprochées.

Vers la fin de l’année, nous avions à faire un travail sur les Provinciales de Pascal. Mireille et moi nous nous installons dans un coin ombragé du parc – ce n’était peut-être pas l’endroit rêvé pour effectuer un travail aussi ardu – et nous entreprenons l’étude de ce texte au demeurant très difficile. La chaleur et l’inconfort aidant, nous le relisons plusieurs fois avant de le comprendre. Petit à petit, les idées viennent et nous achevons le brouillon, fières de notre travail et surtout soulagées de l’avoir terminé. Quand nous remontons en classe, Marie qui n’avait pas du tout envie de faire cette étude, nous emprunte le brouillon et le recopie intégralement. Nous savions que le professeur n’avait le temps d’interroger qu’une seule élève par séance. Le lendemain, c’est elle qui est interrogée. Elle lit donc notre prose de bout en bout. Verdict du professeur : « Mademoiselle Martinez, je reconnais bien là votre manque total de logique ! Vous n’avez absolument rien compris, c’est un tissu d’inepties. Ma pauvre fille, vous êtes complètement hermétique à notre grand Pascal ! ».

Nous avions droit à notre procès par personne interposée !

Ndlr: si les copines se reconnaissent dans la photo qu’elles m’indiquent leur nom et leur n° par email ici. Merci de bien vouloir m’aider dans cette identification.

Merci à Jeannine B. qui a tapé le texte.

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Une jeune fille au soleil Chapitre V Les filles

Posté par ENO filles le 26 novembre 2010

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Juin 1960 Le voyage de fin d’études

Chapitre v

Les filles

Une classe est un monde en miniature. Tous les types de caractère y sont représentés. Je n’en pris vraiment conscience que cette année-là. De plus, le fait de vivre en vase clos amplifiait le moindre événement. Un jour, deux filles décidèrent de participer à un jeu permettant de gagner un voyage aux Antilles. Un mois plus tard, elles recevaient une réponse : lettre dactylographiée à en-tête leur annonçant qu’elles avaient gagné le premier prix dont le voyage. Folles de joie, elles l’annonçaient à la cantonade. Cette lettre n’était qu’une farce et celles qui l’avaient rédigée et envoyée, ne savaient comment le leur dire. Toutefois, voyant les proportions que prenait l’événement, elles décidèrent de tout avouer. E fut un drame, les gagnantes pleuraient de déception et insultèrent les protagonistes qui à leur tour se mirent à pleurer. Tout le monde participait au drame soit pour  soutenir les unes, soit pour critiquer les autres.

 Il m’arrivait, lorsque nous étions en étude, d’observer mes camarades. Gabrielle était maniérée. Lorsque son stylo tombait sous la chaise : « Pardon, Danièle, pourrais-tu s’il te plaît ramasser mon stylo qui est sous ta chaise ? » Et tandis que je m’exécutais : « Mille fois merci ! » me répondait-elle obséquieusement. Colette, une redoublante, était grossière et hargneuse. Elle en voulait au monde entier d’avoir raté son bac. Nous nous détestions cordialement. Marie-Rose était fumiste mais bonne vivante. Jocelyne passait son temps à lire et était tellement plongée dans sa lecture qu’elle ne vous répondait jamais lorsque vous lui parliez. Simone était coquette et ne pensait qu’à ses toilettes. Par contre, Catherine avait tout de la future vieille fille avec ses manies. Germaine était effacée mais pince-sans-rire. La mutine Hélène avait un visage constellée de taches de rousseur et faisait preuve d’une grande générosité, la vraie, celle du cœur. Paule, la guindée semblait avoir avalé un sabre (non, ce n’est pas moi). Il y avait des jumelles. Lorsque l’on s’adressait à l’une, c’était l’autre qui vous répondait. Une camarade les avait nommées Trombone et Acoustique. Certaines passaient leur temps à taquiner une troisième qui marchait à tous les coups. Par exemple, au moment de sortir, elles lui cachaient son soutien-gorge. Cette dernière courait après elles dans le couloir du dortoir, soutien-gorge dégrafé, deux combinaisons l’une sur l’autre et criait ses expressions favorites : « Tu me mets les gonades à fleur de peau »,  « Tu me gonfles le mou »,  « Bâton merdeux », « Objet puant ». Un jour, je trouvai une reproduction d’une œuvre de Gauguin dans sa période tahitienne au dos de laquelle était écrit :  «  Zozo aux îles Hawaï » (Zozo était le surnom de cette camarade). Teinture de Cheveux : Liqueur de Fehling de chez Lancôme  Slip : Ultracourt de chez « à poil » Ventre : Ultra mou de chez « Epeda » Tétons : Vertige de chez « Lanvin »  Yeux : Bovins de chez « Clo » Nous ne nous faisions aucun cadeau. 

Il y en avait de parfaitement farfelues, très intelligentes au demeurant. On les trouvait dans une salle, échevelées, livides, passant des heures à discuter, à prouver la pensée de Descartes : « Je pense donc je suis »  

 Le fond de la classe était occupé par un grand meuble contenant des casiers fermés dans lesquels nous pouvions ranger les affaires qui ne trouvaient pas leur place dans nos bureaux. Sur ce meuble étaient posés des bustes en plâtre de philosophes de l’Antiquité. 

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Un jour en chahutant au fond de la classe, des filles firent tomber le buste de Caton l’Ancien qui se brisa en plusieurs morceaux. Stupéfaction ! Comment faire pour que l’Intendante ne s’en aperçoive pas ? Si l’on jetait les morceaux dans la corbeille, les femmes de ménage les découvriraient et en parleraient. Pour une fois nous étions toutes solidaires… Nous décidâmes, toutes celles qui sortaient le samedi, d’en emporter un morceau et de le jeter hors de l’école… Nous déplaçâmes les autres bustes de façon à combler le vide et la supercherie ne fut jamais découverte. Certaines de nos camarades habitaient le sud de l’Oranie. Ce département était très vaste et l’insécurité régnait. Elles ne pouvaient rentrer chez elles que pour les vacances. Quand elles avaient une correspondante à Oran, celle-ci pouvait les faire sortir sinon elles étaient obligées de rester à l’école. Il leur arrivait d’avoir le cafard. 

* Voir article Cafard  Un week-end elles décidèrent de se réunir chez la tante de l’une d’entre elles qui leur laissait son appartement et de prendre une bonne cuite pour s’amuser et oublier leur vague à l’âme. Le dimanche soir nous les attendions avec impatience pour savoir comment s’était passée la sortie. Quelle ne fut notre surprise d’apprendre qu’elles avaient le vin triste et que la cuite, au lieu de les réconforter provoqua un cafard plus noir encore !  Certaines plaisanteries n’étaient pas du meilleur goût. Ainsi plusieurs filles décidèrent de faire une farce à la pionne. Elles subtilisèrent Jérôme le squelette et le transportèrent du labo à la chambre de celle-ci. Elles l’allongèrent sur le lit et éclairèrent la tête en y plaçant une bougie allumée. Le spectacle était hallucinant et lorsque la surveillante ouvrit la porte elle faillit se trouver mal. Les quatre filles se dénoncèrent et furent collées mais la plaisanterie aurait pu mal tourner. Si j’avais des affinités avec certaines, en revanche j’en détestais d’autres qui me le rendaient bien. Des prises de bec parfois violentes éclataient. Néanmoins, je ne me laissais pas faire. 

*Voir article du 5 mars 2003 Danièle Derschlag, autres anecdotes 

Prochain article… Amitiés: Marie, Mireille, Séverine et moi  ….

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Une jeune fille au soleil chapitre IV Les profs

Posté par ENO filles le 6 novembre 2010

Chapitre IV

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Nous avons bien évidemment une équipe de professeurs, certains meilleurs que d’autres comme dans tous les autres établissements…

Le professeur qui m’a le plus marquée cette année-là, fut le professeur de Français. Je me souviens d’une personne parfaitement inaccessible, très distante qui nous imposait tout à la fois de la crainte et du respect. Elle effectuait sa dernière année d’enseignement avant de prendre sa retraite. Elle ressemblait à l’écrivain Colette sur la fin de sa vie. Ses cheveux étaient courts et frisés, ce qui accentuait la ressemblance et une mèche qu’elle lissait de temps à autre du plat de la main, retombait sur son front. Lorsque nous nous écartions des limites imposées, si peu que ce soit d’ailleurs, elle nous remettait immédiatement et très vertement sur le droit chemin. Lors d’une composition de dissertation française, nous avions trois sujets au choix portant sur Molière. Le premier était un sujet bateau, et le trouvant trop facile, je m’étais méfiée. J’avais choisi le second sujet, plus ardu car le troisième était un commentaire de texte réservé aux meilleures en Français. Bien m’en avait pris car la majorité ayant choisi le premier sujet se retrouvait avec des notes catastrophiques. J’avais eu  10 ce qui, d’une part était une bonne note avec un professeur qui notait aussi sévèrement, d’autre part, au milieu de la déroute collective, c’était une meilleure note encore ! Je devais certainement rouler des mécaniques car j’eus droit à un rappel à l’ordre : « Mademoiselle Derschlag, au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ! »

Cela suffit à me calmer pour toute l’année.

Par ailleurs son enseignement était excellent. Pour chaque écrivain étudié, elle nous distribuait tout le travail pour un mois ou un mois et demi. Chaque fois il fallait prévoir une représentation sur scène qui nous familiarisait davantage avec l’auteur. Quel niveau en littérature avions-nous à la fin de l’année !

Notre professeur de physique-chimie, Monsieur Péquignat était beaucoup plus débonnaire. Nous nous permettions avec lui des familiarités qui frisaient l’insolence mais cela ne semblait pas le choquer. Parallèlement il enseignait les sciences naturelles à l’Ecole Normale de Garçons. Lorsque les professeurs prenaient connaissance de mon adresse sur la fiche de renseignements, ils venaient me dire un petit bonjour à la Fontaine des Gazelles. Monsieur Péquignat arrivait le dimanche et me disait :

« - Ma petite Danièle, vous ne savez pas où je pourrais trouver une holothurie pour ma leçon de demain ?

- Mais oui Monsieur, venez ! »

Je prenais une épuisette, je chaussais des espadrilles et nous descendions sur les rochers. Je connaissais parfaitement toutes les criques, tous les plans d’eau et il repartait tout heureux avec plusieurs spécimens dans un bocal.

Notre professeur d’Anglais était très sympathique mais je ne fis guère de progrès. Nous passions notre temps à écouter les Platters, Harry Belafonte, Paul Anka et à chanter. Par contre celles qui étudiaient l’Espagnol avaient beaucoup plus de travail que nous, ce qui les faisait enrager.

Notre professeur de sciences était petit et corpulent. Les filles l’avaient surnommé « le gorille vous salue bien » car lorsque nous le croisions dans les galeries, il répondait par un signe brutal de la main à notre bonjour et sans nous regarder. Il avait pourtant de l’humour mais il se méfiait car dès qu’il se montrait moins distant, nous en profitions. Une fois, nous étions au labo et nous pratiquions la dissection d’une blatte, vulgairement un cafard. Une camarade lui dit : « Monsieur, votre blatte, elle a du sang de navet !

-Allons ! Allons ! Martinez, ne plaisantez pas avec les morts ! »

Seulement, après une remarque de ce genre, nous éclations de rire et il avait ensuite du mal à rétablir le calme. C’est la raison pour laquelle il évitait de tels débordements.

Sur le coin du tableau, nous écrivions tgt(= tan=) ʄ 1 …suivi du nombre de jours qu’il manquait jusqu’aux prochaines vacances. Jamais aucun professeur ne l’a effacé. Peut-être comptaient-ils les jours avec nous.

Je n’ai jamais eu de chance pour le sport car notre professeur était âgée, à un an de la retraite et lorsque l’heure d’éducation physique approchait, elle allait s’entretenir avec Madame et nous laissait nous débrouiller. Certaines organisaient des matches de volley ou de hand, mais comme je n’avais jamais pratiqué de sports-co, je me tenais à l’écart.

Par contre nous  allions une fois par semaine à la piscine couverte. J’adorais ces séances et pour rien au monde je n’en aurais manqué une. Je nageais très bien mais le moniteur m’aida à améliorer mon crawl, à tenir la distance, à travailler le plongeon de départ, à virer aux vingt-cinq mètres. Je fis tant de progrès, qu’à la fin de l’année, le directeur vint me demander de participer à un ballet nautique. Enthousiaste, j’en parlais à mes parents. On eut dit que j’avais demandé de rentrer au Crazy horse. Mon père me déclara qu’une fille Derschlag ne devait en aucun cas se donner en spectacle et participer à ce genre de manifestation !

*Voir articles

Volet 1 L’ENCADREMENT - LE PERSONNEL – LES PROFS 

3 mars 2007 HALLOWEEN DEJA ! Topaze et le reste… ou “SOUFFLER N’EST PAS SOUFFLER” 

4 octobre, 2006 Ah! Dormir! Souvenirs et anecdotes par Danièle Derschlag Récit n°1

5 mars, 2007  Danièle Derschlag autres anecdotes 

Massacre au rasoir – coiffeuses en herbe   - Mademoiselle Madeleine  -

12 mars 2007  AU THÉÂTRE CE SOIR!  par Danièle D.

Prochain chapitre :  « Les filles »… 

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Une jeune fille au soleil, chapitre III La rentrée

Posté par ENO filles le 19 octobre 2010

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La rentrée

Et ce fut la rentrée à l’Ecole Normale de jeunes filles d’Oran. L’école se situait à Eckmühl, un quartier d’Oran à proximité des arènes. Dans celles-ci avaient lieu des corridas et de temps en temps des concerts en plein air. A cette époque-là les Platters étaient au sommet de leur gloire. Ils vinrent donner un concert à Oran et celui-ci se déroula dans les arènes. Nous entendions depuis le parc de l’école toutes nos chansons préférées. Only You, My great Pretender, … aussi distinctement que si nous avions assisté au spectacle.

Le bâtiment principal de l’école était un ancien couvent avec sa cour carrée entourée de galeries, agrémentée d’un jardin en son centre. L’entrée principale m’impressionnait. C’était une vaste pièce toute décorée de tentures de velours bordeaux. Au dessus de cette entrée principale se trouvait l’appartement de la directrice, et de chaque côté, celui de l’intendante et de la sous-intendante. Le reste du bâtiment était occupé par les salles de classe au rez-de-chaussée, les dortoirs au premier. Une bibliothèque très bien fournie s’ouvrait sur la droite. Un second bâtiment avait été ajouté, qui comprenait les cuisines, le réfectoire, le dortoir des quatrièmes années, l’infirmerie et d’autres salles de classe. Mais l’endroit que nous affectionnions était le parc, un magnifique parc de pins centenaires qui entourait les bâtiments. Il sera le but de toutes nos promenades, le témoin aussi bien de nos coups de cafard que de nos joies. Il sera omniprésent en toutes circonstances durant les quatre années que nous passerons dans cet établissement. Evidemment, la salle qui avait toutes nos préférences était la salle de jeux. C’était une vaste salle dont le fond était occupé par une scène. De plus, on y trouvait un piano à queue, un poste de radio, un électrophone, une table de ping-pong. C’est dans cette salle que nous nous retrouvions après dîner pour danser avant la dernière heure de permanence qui précédait l’extinction des feux. Les danses à la mode étaient le tcha-tcha-tcha et surtout le rock-and-roll. A force de nous exercer tous les soirs, nous le dansions toutes à la perfection. Durant les grandes vacances, j’appris à mon ami Marc à le danser et nous nous entendions très bien pour évoluer au son de cette musique endiablée. Nous écoutions les musiques de Bill Haley, Elvis Presley, les Platters, Fats Domino, Paul Anka, Harry Belafonte. Ces récréations se passaient très agréablement mais s’avéraient souvent trop courtes.

Mis à part ces moments de détente, il régnait dans l’école une atmosphère quasi monacale et studieuse. Les élèves étaient dans les classes. Quelques groupes déambulaient dans les galeries ou dans le parc. Aucun bruit intempestif, aucune agitation, aucun cri n’étaient tolérés. Une tenue digne était préconisée. Pendant les vacances, ma mère m’avait constitué le trousseau règlementaire(…) Nous ne portions pas d’uniforme mais le port du tablier était obligatoire à l’intérieur de l’établissement(…) Durant la semaine nous ne faisions guère attention à notre tenue vestimentaire et beaucoup avaient l’air de vraies Cosettes(…) Cependant lorsque nous nous habillions pour sortir, on avait du mal à nous reconnaître : jupe droite, talons hauts, maquillage, coiffure apprêtée nous transformaient(…)

Une vie nouvelle commençait pour moi, beaucoup moins libre que celle que j’avais connue jusque-là(… )La discipline était stricte, cela ne me gênait guère. Par contre j’avais beaucoup de mal à travailler en salle d’études. J’avais toujours eu l’habitude de m’isoler pour étudier et au lieu de rester en salle d’études avec mes camarades, je cherchais dans l’école les coins les plus isolés afin de pouvoir travailler à ma convenance.

Les dortoirs étaient composés de petites chambres individuelles séparées par des cloisons et occultées par un rideau. Chaque chambre était équipée d’un lit à une place, d’un placard, d’une petite table et d’un lavabo. Les douches se trouvaient près de l’infirmerie et nous pouvions en prendre deux par semaine. Tous les matins nous étions brutalement réveillées par une sonnerie électrique au son métallique et désagréable. Comme les dortoirs étaient en enfilade, la pionne appuyait sur un bouton depuis sa chambre et un relais commandait les différentes sonneries. Nous avions repéré celle de notre dortoir. Simone, une camarade particulièrement grande avait grimpé sur le mur et avait réussi à la neutraliser en glissant un morceau de carton. Aussi la pionne, (la pionne), lorsqu’elle passait son inspection matinale ne comprenait pas que les filles des autres dortoirs soient toutes occupées à leur toilette alors que nous, nous continuions à dormir tranquillement. Elle était obligée de nous réveiller individuellement.

Voir article Ah! Dormir! Souvenirs et anecdotes par Danièle Derschlag Récit n°1 

Toutefois, la supercherie fut découverte et toutes les filles du dortoir furent collées par solidarité avec les élèves qui avaient imaginé le subterfuge.

 Ma mère m’avait donné un édredon en plumes d’oie confectionné par mon arrière grand-mère bourguignonne et mon lit ressemblait à une femme enceinte. Le soir, avant l’extinction des feux, nous nous y installions à plusieurs pour rire et bavarder, nous enfonçant dans ce « fauteuil » moelleux.

Nous pouvions donner notre linge à laver toutes les semaines mais comme je rentrais chez moi tous les week-ends, j’emportais le mien dans un sac de toile blanche dont je me sers toujours actuellement. Tout notre linge était marqué à nos initiales et au numéro attribué le jour de notre réussite au concours. Dans la liste du trousseau figurait une trousse à dissection  contenant notamment un rasoir. Que de massacres de cheveux ces rasoirs ont-ils provoqués ! En effet ces rasoirs à main donnèrent à certaines l’idée de s’improviser coiffeuses. Des volontaires servaient de cobayes. Nos coiffeuses en herbe commençaient par couper d’un côté, puis, afin d’égaliser, de l’autre côté et ainsi de suite. Les filles sortaient presque chauves de ces séances ! La coiffeuse professionnelle avait bien du mal à réparer les dégâts.

La nourriture laissait beaucoup à désirer. Je me nourrissais uniquement du ravitaillement que je rapportais de la maison. Il était cependant interdit d’apporter de la nourriture aussi je la cachais et ne la mangeais qu’au goûter qui devenait ainsi mon principal et unique repas. Nous disposions de casiers au fond de la  classe afin de ranger nos affaires qui ne trouvaient pas leur place dans nos bureaux. C’est là que j’entreposais mes provisions. Mais une camarade dont le bureau se trouvait juste devant mon casier découvrit ma cachette et subrepticement mangea tous mes gâteaux pendant les cours. Je mis un certain temps à m’en apercevoir et je dus changer de cachette après une vive altercation. Pourtant nous voyions arriver dans les cuisines de beaux légumes bien frais. Mais Françoise, la cuisinière n’était pas à la hauteur. Cependant, comme elle jouissait de la protection de l’intendante, elle était indélogeable. Ces denrées étaient mal cuisinées et la nourriture positivement « dégueulasse ».

De plus elle savait que nous n’apprécions pas sa cuisine et ses rapports avec les normaliennes étaient très tendus.

Le père d’une élève n’hésita pas à écrire à qui de droit pour se plaindre de la nourriture.

Ndlr :C’était le mien… Voir la lettre dans l’article: Bien manger à l’ENO 

Des inspecteurs furent envoyés et comme par hasard, ce jour-là, nous mangeâmes très correctement.  Les autorités décidèrent de constituer une table de « suralimentation ». Toutes celles qui avaient accusé une baisse de poids sensible furent admises à cette table. Elles mangeaient exactement comme nous mais leur suralimentation consistait en un pain de beurre supplémentaire aux repas de midi et du soir. Néanmoins, comme ce beurre avait été en contact avec un couteau ayant préalablement servi à hacher de l’ail ou de l’oignon, il était immangeable comme d’ailleurs celui que l’on nous servait au petit-déjeuner.

Le réfectoire ne comportait que des tables octogonales. A ces tables de huit, nous devions être obligatoirement deux premières années, deux deuxièmes années, deux troisièmes années et deux quatrièmes années. Ce système nous permettait de mieux connaître les élèves des autres classes et nous évitaient de vivre repliées sur la nôtre. Je trouvais cette initiative excellente.

Lorsque nous étions fatiguées, nous allions à l’infirmerie où mademoiselle Madeleine nous accueillait. Je n’ai jamais su si elle était vraiment infirmière mais elle nous soignait en nous faisant immanquablement une tisane. Je n’aurais pas pu lui donner un âge car elle était petite, menue, ridée comme une vieille pomme reinette. Cependant, de quelle gentillesse et de quel dévouement faisait-elle preuve auprès de toutes les normaliennes ! Nous l’adorions et même si sa tisane était parfaitement inoffensive, elle nous apportait le réconfort que l’on attendait lorsqu’on venait la voir ! Nous étions certainement les enfants qu’elle n’avait pas eus. Et lorsque je rentrai en quatrième année, mademoiselle Madeleine n’était plus à son poste. Elle était soi-disant partie à la retraite. Notre déception fut grande devant cette  absence qui ne nous a jamais paru justifiée.

Voir article :  Danièle Derschlag – Autres anecdotes 

Néanmoins, nous n’étions pas là pour les nourritures terrestres mais intellectuelles. J’eus énormément de mal à m’acclimater à cette première année. Je ne trouvais pas mes repères, je n’avais pas d’amies, tout au moins au début et je n’étais pas avec les élèves de ma promotion. En effet, ayant sauté la première année d’Ecole Normale, je me retrouvais non seulement avec les élèves de la promotion précédente mais avec des redoublantes, celles qui ayant échoué à la première partie du bac, étaient autorisées à redoubler. Elles étaient une dizaine et la plupart avaient décidé de passer une année sabbatique. Elles ne prenaient pas les cours, ayant décidé qu’elles travailleraient sur ceux de l’année précédente. Le professeur d’Histoire-Géo ne l’entendit pas de cette oreille et l’orage éclata. La directrice que nous appelions « Madame » intervint et exigea qu’elles refassent une année exactement comme s’il s’agissait de la première.

Un soir, peu après la rentrée, une redoublante m’interpelle : « Eh Derschlag ! Il paraît que tu as fait le problème de Physique ? » Silence dans la classe, tout le monde attendait ma réponse.

« Oui je l’ai fait, pourquoi ? 

- Eh bien, passe le moi que je n’aie plus qu’à le recopier !

- Je regrette, fais comme moi, cherche-le, il n’est pas question que je te le passe ! »

Stupéfaction dans la classe. J’avais osé tenir tête à une redoublante, moi la nouvelle arrivée que l’on méprisait parce qu’elle n’avait pas effectué sa seconde à l’Ecole Normale. A l’unanimité les redoublantes me détestèrent. Elles me collèrent l’étiquette « Derschlag, elle n’est pas intelligente, mais c’est une bucheuse ». Elles furent d’autant plus furieuses que je terminai le premier trimestre avec les encouragements du conseil des professeurs.

Afin de mieux se rendre compte de la vie que nous menions, voici quelques définitions. Plusieurs de mes camarades s’étaient réunies et avaient décidé de donner aux événements et aux professeurs des titres de livres ou de films :

Les pensionnaires : Les loups dans la bergerie

Mauvaise note : Préméditation

Récréation : Liberté surveillée

Pensionnat : Classe tout risque

Conseil de discipline : La sentence

Interrogation : L’assommoir

Examen de passage : La rivière sans retour

Vacances : La Fureur de vivre

Perspective de vacances : Plein soleil

L’intendante : Touchez pas au grisbi

La sous- intendante : Quand passent les cigognes (Elle attendait un bébé)

Le bac : Le salaire de la peur

Le parc : Vertes demeures 

Le bureau de Madame : Cellule 2245, couloir de la mort 

Madame dans les galeries : Pour qui sonne le glas

Conseil des profs : Les chevaliers de la table ronde 

Le dortoir : Confidences sur l’oreiller

Distribution du courrier : Les clameurs se sont tues

Loge du concierge : Périmètre interdit

La cuisine : La soupe à la grimace

Le parloir : Les cousins

Ecole Normale : Le trou

La colle : La tête contre les murs

Les douches : Sueurs froides 

Sortie du Samedi : L’eau à la bouche

Convocation chez Madame : La peur au ventre!

Voir article La littérature illustre notre vie 

 

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Une jeune fille au soleil, chapitres I & II

Posté par ENO filles le 3 octobre 2010

« Nous sommes tous les romanciers de notre vie » (Rosa Montero)

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Une jeune fille au soleil

Un récit de Danièle Derschlag

 «C’était pour m’enseigner qu’il faut dès la jeunesse,

   Comme d’un usufruit, prendre sons passe-temps :

   Que pas à pas nous suit l’importune vieillesse,

   Et qu’Amour et les fleurs ne durent qu’un printemps »

Pierre de Ronsard

« Ecrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture »

Notre camarade Danièle a décidé de se lancer dans l’aventure, une idée peut-être peu originale de nos jours penseront certains, mais généreuse et courageuse. Son but ? Non pas négocier avec ses fantômes mais laisser à ses petits-enfants le souvenir d’une grand-mère et d’une vie dans un pays qu’ils n’ont pas connu, l’Algérie. Car quand on aime quelqu’un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu’à la fin des temps. Et ce temps pour nous, c’est le temps de la moisson. Il nous est désormais compté.

Danièle n’a aucune prétention littéraire, et moi pas davantage, mais elle a accédé à ma demande de publier ici une partie de sa saga familiale, celle où nous nous retrouverons toutes un peu.

Nous y retrouverons le « Oran » de notre jeunesse, notre jeunesse joyeuse perturbée par les événements. Car la jeunesse n’est  pas une période de la vie, elle est un privilège, un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort.

Et surtout nous retournerons cinquante ans en arrière en ce lieu qui nous a toutes vues vivre. Quelques-unes de ces années qui comptent dans une existence, où on nous demande de nous dépasser et où l’on croit toujours que l’on n’est pas reconnu : le passage de l’adolescence à l’âge adulte, de l’insouciance à la responsabilité,le dernier bouton d’acné. Boris Vian écrivait : « On n’oublie rien de ce qu’on veut oublier : c’est le reste qu’on oublie »

C’est sa mémoire de l’école normale  que je vous offre aujourd’hui, une mémoire vive et intacte. 

Donc je vous propose juste de fermer vos yeux  et de vous replonger dans le film de cette période bénie pour certaines et détestée pour d’autres… je ne dirai pas qui, vous l’avez compris. Je sais, ce n’est pas très aisé pour lire, alors prenez juste le temps d’oublier où vous êtes et qui vous êtes devenues et lisez…

Chapitre 1

Le cours complémentaire

(ndlr: Beaucoup d’entre nous l’ont fréquenté)

La petite fille de la Fontaine des Gazelles a grandi et se voit obligée de quitter son paradis. Par bonheur, elle y revient pour les week-ends et les vacances. Les études au Cours Complémentaire d’Arzew qu’elle fréquentait jusque-là s’arrêtaient à la troisième. La majorité des filles abandonnait ses études après le brevet. Ce n’était pas mon cas. Depuis ma plus tendre enfance je désirais être institutrice. Aussi me fallait-il présenter les deux parties de baccalauréat. De plus j’aimais les études et il n’était pas question de les arrêter à 16 ans. Or si l’on désirait poursuivre ses études après le brevet, il fallait aller au collège à Oran.

Extrait d’un petit diaporama sur Arzew trouvé sur le WEB.

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(Pour le visionner en entier allez sur Baffzar puis Cliquez sur imagelecturepps.jpg)

Une année avant l’Ecole Normale

1956-1957 L’année Collège à Oran

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photo corrigée par Jeannine

Oran et le Collège Moderne de Jeunes Filles
Album : Oran et le Collège Moderne de Jeunes Filles

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    Oran était une belle ville vivante et animée de 400.000 habitants. Il n’était toujours  question que d’Alger la blanche et cependant, Oran, la deuxième ville d’Algérie pouvait rivaliser sans honte avec la capitale.

Cette ville était avant tout un port de commerce et de voyageurs abrité par la montagne de Santa-Cruz sur laquelle étaient construits un fort espagnol et une chapelle. La statue de Notre-Dame de Santa-Cruz a été rapatriée comme beaucoup d’entre nous et se trouve actuellement à Nîmes où se déroule chaque année un pèlerinage.

Deux boulevards perpendiculaires constituaient le cœur de la ville : le boulevard Séguin et la rue d’Arzew.

Au début du boulevard Seguin, la place d’Armes était entourée par le théâtre, très imposant et la mairie. Mais le plus beau boulevard était sans conteste le boulevard du Front de Mer, bordé d’immeubles élégants et qui surplombaient la mer. Aux terrasses des cafés étaient attablés des consommateurs buvant une anisette laiteuse bien frappée et dégustant une Kémia relevée chère aux Oranais. Des jeunes filles aux robes de couleurs vives « faisaient le boulevard » lançant des œillades aux garçons qu’elles croisaient, le fait de déambuler à plusieurs les rendant plus hardies.

Derrière l’opéra se trouvait le quarter juif, quartier commerçant et animé. Oran possédait de nombreux quartiers populaires car l’Algérie de l’époque était peuplée de beaucoup de petites gens : Gambetta, Saint-Eugène, avec la Calère, les Planteurs que l’on devait traverser pour monter à Santa-Cruz et le village arabe nommé le Village Nègre. 

Je passais une année merveilleuse à Oran. Je fréquentais le Collège Moderne de Jeunes Filles qui se trouvait au début du boulevard du Front-de-Mer. C’était un très beau bâtiment à trois étages, tout neuf. Les classes étaient spacieuses et claires. D’ailleurs sa façade s’ornait d’une multitude de fenêtres. Notre classe de seconde regroupait toutes les élèves des cours complémentaires des petites villes environnantes. Notre section était « Moderne prime », c’est-à-dire une seule langue mais physique et chimie à la place de la seconde langue.

Le niveau de la classe était bon, la compétition était rude mais nous étions en tête des quatre secondes.

Ce qui prouve bien que l’enseignement que nous avions reçu dans nos cours complémentaires était excellent. Ce bâtiment me paraissait immense et bien impersonnel, les premiers jours, en comparaison de mon cher cours complémentaire. Nous avions notamment cours de géographie en fin d’après-midi après deux heures d’Education Physique. La salle de géographie se trouvait au second étage. Ayant perdu un peu de temps pour changer de tenue et m’étant égarée dans les couloirs, j’arrivai nettement en retard au premier cours, toute dépenaillée, essuyant les sarcasmes du professeur et les rires en coin de mes camarades. Mais j’oubliai vite ces déboires mineurs et je m’acclimatai rapidement.

Comme il n’y avait pas suffisamment de place à l’internat, mes parents m’avaient loué une chambre à la Protection de la Jeune Fille située place des Victoires, non loin du collège. Je prenais mes repas de midi au collège, mais ceux du soir ainsi que le petit-déjeuner à la Protection.

En sortant du collège à seize heures ou dix-sept heures j’adorais m’arrêter acheter un beignet.  En effet au début des arcades était installé un marchand. Il vous coupait un morceau dans un grand beignet roulé en colimaçon. Il le saupoudrait de sucre et vous le tendait dans du papier blanc. Le papier devenait vite huileux, les commissures des lèvres étaient poisseuses de sucre et pourtant ! Quel régal de déguster ce morceau de beignet tout chaud !

Je me plaisais beaucoup à la Protection. Le samedi après-midi, comme nous n’avions pas classe, je faisais le ménage de ma chambre. Je prenais un bon bain puis je me rendais à Arzew en car. Je retrouvais chaque fois un ami d’enfance, Marc qui était resté pendant longtemps mon meilleur ami et confident. Le trajet nous paraissait court bien que le car s’arrêtât dans tous les petits villages entre Oran et Arzew : nous ne cessions de bavarder.

Nous nous retrouvions de nouveau le lundi matin au car de 6h30 pour retourner passer la semaine à Oran. Lorsque j’arrivais le samedi après-midi, je m’arrêtais chez mes grands-parents où m’attendait un copieux goûter. Il m’arrivait même de faire un repas car ma grand-mère me gardait les plats que j’aimais particulièrement… et me les faisait réchauffer. Je leur racontais ma semaine, je leur indiquais mes notes et ils étaient heureux de voir que je réussissais parfaitement mon année. Je conservais l’habitude de beaucoup travailler comme je l’avais fait les années précédentes. Néanmoins j’arrivais parfaitement à allier travail et distractions. Je m’étais abonnée au C.R.A.D. et j’ai pu ainsi assister à des représentations de pièces de Molière, Shakespeare, Victor Hugo. J’assistais aussi aux concerts J.M.F. 

Je suis allée une ou deux fois à des surprises-parties mais comme elles étaient nettement moins innocentes que celles d’Arzew, je déclinais les invitations.

Lorsque je regarde la photo de cette année-là, je m’aperçois que nous étions quarante. L’ambiance de la classe était très bonne et nous étions particulièrement un groupe de dix qui nous entendions parfaitement. Après le repas pris à la cantine, nous passions la récréation dans la cour sur le rebord du trottoir qui l’entourait. Nous nous racontions des histoires. Certaines étaient fiancées et nous parlaient de leurs premiers émois. Que de fous-rires n’avons-nous pas pris ! Les jours de pluie, qui étaient heureusement rares, nous étions obligées d’aller en permanence.

Un jour, afin d’échapper à la surveillante, nous nous sommes réfugiées à dix dans les cabinets du troisième étage poursuivies pas elle. Mais alors que nous étions entassées tant bien que mal dans un cabinet, l’une d’entre nous a eu l’idée géniale de tirer la chasse. La surveillante a entendu et nous a repérées. Nous sommes sorties trempées mais riant aux éclats.

Nous allions souvent toutes ensemble au cinéma l’après-midi mais le bruit que nous faisions éloignait de nous les autres spectateurs.

Cette année là je fus demoiselle d’honneur au mariage de ma cousine Ma mère m’avait confectionné une robe longue en plumetis vert et toutes mes amies sont venues me voir à la sortie de l’église

Nous avions une très bonne équipe de professeurs sauf en physique-chimie. Elle avait beaucoup de mal à se faire respecter surtout lors des séances de travaux pratiques. Comme j’aimais beaucoup les Sciences Naturelles, je laissais mes camarades un peu avant l’heure pour rejoindre le professeur au labo. Je l’aidais à préparer des coupes faites dans la moelle de sureau, ces coupes devant être ensuite examinées au microscope. Je travaillais très bien puisque je terminais l’année avec le prix d’excellence.

Ayant toujours voulu être institutrice, j’avais présenté le concours d’entrée à l’Ecole Normale à la fin de la troisième. J’avais été reçue sur la liste supplémentaire et je n’avais pas été prise. J’avais encore la possibilité de présenter le concours à la fin de la seconde et j’avais promis à mes parents de le faire. Mais un soir, l’orage éclate à la maison. Mon père me dit :

-« Danièle, n’est-il pas temps de te procurer les papiers à remplir pour présenter le concours d’entrée à l’Ecole Normale ?

- Papa, j’ai décidé de ne pas me présenter cette année !

- Comment ! Tu ne veux plus être institutrice ?

- Mais si, je veux toujours l’être. Mais je peux très bien rester au collège, passer mes deux bacs et me présenter à l’Ecole Normale pour faire la quatrième année, l’année de formation professionnelle. Tu sais, je me plais tellement au collège et j’apprécie cette liberté !

-Justement, moi je ne l’apprécie pas du tout ! Intervint mon père furieux.

- Pourquoi ? Tu ne me fais pas confiance ?

- Là n’est pas la question. Avec tous ces événements, je serais beaucoup plus rassuré si tu étais pensionnaire.

- Mais je travaille bien et il n’est pas question que je refasse une seconde à l’Ecole Normale, je vais m’ennuyer.

- Qu’est-ce qu’une année dans une vie ? Une fois entrée à l’Ecole Normale, tu es assurée d’être institutrice et quand on veut exercer un métier, il faut rentrer par la grande porte. Je tiens absolument à ce que tu présentes le concours cette année !

- Je te préviens, je ne veux surtout pas refaire une seconde !

Après quelques renseignements, nous apprenons que toutes les élèves reçues dans les dix premières et ayant déjà effectué une Seconde dans un autre établissement pouvaient sauter la première année d’Ecole Normale qui correspondait à la seconde des Lycées et Collèges. Je fus reçue troisième et passai directement en deuxième année. En ce temps-là, il n’était pas question de discuter les décisions des parents.

Et  c’est ainsi qu’ en 1957  notre amie a rejoint en 1ère la promo 1956.

Regardez bien. Vous y verrez quelquefois notre héroïne

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 La promo 56 – Scènes de la Vie quotidienne regardez.gif

Publié dans ENO, Souvenirs, Une jeune fille au soleil | 7 Commentaires »

 

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