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Une jeune fille au soleil, chapitre III La rentrée

Posté par ENO filles le 19 octobre 2010

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La rentrée

Et ce fut la rentrée à l’Ecole Normale de jeunes filles d’Oran. L’école se situait à Eckmühl, un quartier d’Oran à proximité des arènes. Dans celles-ci avaient lieu des corridas et de temps en temps des concerts en plein air. A cette époque-là les Platters étaient au sommet de leur gloire. Ils vinrent donner un concert à Oran et celui-ci se déroula dans les arènes. Nous entendions depuis le parc de l’école toutes nos chansons préférées. Only You, My great Pretender, … aussi distinctement que si nous avions assisté au spectacle.

Le bâtiment principal de l’école était un ancien couvent avec sa cour carrée entourée de galeries, agrémentée d’un jardin en son centre. L’entrée principale m’impressionnait. C’était une vaste pièce toute décorée de tentures de velours bordeaux. Au dessus de cette entrée principale se trouvait l’appartement de la directrice, et de chaque côté, celui de l’intendante et de la sous-intendante. Le reste du bâtiment était occupé par les salles de classe au rez-de-chaussée, les dortoirs au premier. Une bibliothèque très bien fournie s’ouvrait sur la droite. Un second bâtiment avait été ajouté, qui comprenait les cuisines, le réfectoire, le dortoir des quatrièmes années, l’infirmerie et d’autres salles de classe. Mais l’endroit que nous affectionnions était le parc, un magnifique parc de pins centenaires qui entourait les bâtiments. Il sera le but de toutes nos promenades, le témoin aussi bien de nos coups de cafard que de nos joies. Il sera omniprésent en toutes circonstances durant les quatre années que nous passerons dans cet établissement. Evidemment, la salle qui avait toutes nos préférences était la salle de jeux. C’était une vaste salle dont le fond était occupé par une scène. De plus, on y trouvait un piano à queue, un poste de radio, un électrophone, une table de ping-pong. C’est dans cette salle que nous nous retrouvions après dîner pour danser avant la dernière heure de permanence qui précédait l’extinction des feux. Les danses à la mode étaient le tcha-tcha-tcha et surtout le rock-and-roll. A force de nous exercer tous les soirs, nous le dansions toutes à la perfection. Durant les grandes vacances, j’appris à mon ami Marc à le danser et nous nous entendions très bien pour évoluer au son de cette musique endiablée. Nous écoutions les musiques de Bill Haley, Elvis Presley, les Platters, Fats Domino, Paul Anka, Harry Belafonte. Ces récréations se passaient très agréablement mais s’avéraient souvent trop courtes.

Mis à part ces moments de détente, il régnait dans l’école une atmosphère quasi monacale et studieuse. Les élèves étaient dans les classes. Quelques groupes déambulaient dans les galeries ou dans le parc. Aucun bruit intempestif, aucune agitation, aucun cri n’étaient tolérés. Une tenue digne était préconisée. Pendant les vacances, ma mère m’avait constitué le trousseau règlementaire(…) Nous ne portions pas d’uniforme mais le port du tablier était obligatoire à l’intérieur de l’établissement(…) Durant la semaine nous ne faisions guère attention à notre tenue vestimentaire et beaucoup avaient l’air de vraies Cosettes(…) Cependant lorsque nous nous habillions pour sortir, on avait du mal à nous reconnaître : jupe droite, talons hauts, maquillage, coiffure apprêtée nous transformaient(…)

Une vie nouvelle commençait pour moi, beaucoup moins libre que celle que j’avais connue jusque-là(… )La discipline était stricte, cela ne me gênait guère. Par contre j’avais beaucoup de mal à travailler en salle d’études. J’avais toujours eu l’habitude de m’isoler pour étudier et au lieu de rester en salle d’études avec mes camarades, je cherchais dans l’école les coins les plus isolés afin de pouvoir travailler à ma convenance.

Les dortoirs étaient composés de petites chambres individuelles séparées par des cloisons et occultées par un rideau. Chaque chambre était équipée d’un lit à une place, d’un placard, d’une petite table et d’un lavabo. Les douches se trouvaient près de l’infirmerie et nous pouvions en prendre deux par semaine. Tous les matins nous étions brutalement réveillées par une sonnerie électrique au son métallique et désagréable. Comme les dortoirs étaient en enfilade, la pionne appuyait sur un bouton depuis sa chambre et un relais commandait les différentes sonneries. Nous avions repéré celle de notre dortoir. Simone, une camarade particulièrement grande avait grimpé sur le mur et avait réussi à la neutraliser en glissant un morceau de carton. Aussi la pionne, (la pionne), lorsqu’elle passait son inspection matinale ne comprenait pas que les filles des autres dortoirs soient toutes occupées à leur toilette alors que nous, nous continuions à dormir tranquillement. Elle était obligée de nous réveiller individuellement.

Voir article Ah! Dormir! Souvenirs et anecdotes par Danièle Derschlag Récit n°1 

Toutefois, la supercherie fut découverte et toutes les filles du dortoir furent collées par solidarité avec les élèves qui avaient imaginé le subterfuge.

 Ma mère m’avait donné un édredon en plumes d’oie confectionné par mon arrière grand-mère bourguignonne et mon lit ressemblait à une femme enceinte. Le soir, avant l’extinction des feux, nous nous y installions à plusieurs pour rire et bavarder, nous enfonçant dans ce « fauteuil » moelleux.

Nous pouvions donner notre linge à laver toutes les semaines mais comme je rentrais chez moi tous les week-ends, j’emportais le mien dans un sac de toile blanche dont je me sers toujours actuellement. Tout notre linge était marqué à nos initiales et au numéro attribué le jour de notre réussite au concours. Dans la liste du trousseau figurait une trousse à dissection  contenant notamment un rasoir. Que de massacres de cheveux ces rasoirs ont-ils provoqués ! En effet ces rasoirs à main donnèrent à certaines l’idée de s’improviser coiffeuses. Des volontaires servaient de cobayes. Nos coiffeuses en herbe commençaient par couper d’un côté, puis, afin d’égaliser, de l’autre côté et ainsi de suite. Les filles sortaient presque chauves de ces séances ! La coiffeuse professionnelle avait bien du mal à réparer les dégâts.

La nourriture laissait beaucoup à désirer. Je me nourrissais uniquement du ravitaillement que je rapportais de la maison. Il était cependant interdit d’apporter de la nourriture aussi je la cachais et ne la mangeais qu’au goûter qui devenait ainsi mon principal et unique repas. Nous disposions de casiers au fond de la  classe afin de ranger nos affaires qui ne trouvaient pas leur place dans nos bureaux. C’est là que j’entreposais mes provisions. Mais une camarade dont le bureau se trouvait juste devant mon casier découvrit ma cachette et subrepticement mangea tous mes gâteaux pendant les cours. Je mis un certain temps à m’en apercevoir et je dus changer de cachette après une vive altercation. Pourtant nous voyions arriver dans les cuisines de beaux légumes bien frais. Mais Françoise, la cuisinière n’était pas à la hauteur. Cependant, comme elle jouissait de la protection de l’intendante, elle était indélogeable. Ces denrées étaient mal cuisinées et la nourriture positivement « dégueulasse ».

De plus elle savait que nous n’apprécions pas sa cuisine et ses rapports avec les normaliennes étaient très tendus.

Le père d’une élève n’hésita pas à écrire à qui de droit pour se plaindre de la nourriture.

Ndlr :C’était le mien… Voir la lettre dans l’article: Bien manger à l’ENO 

Des inspecteurs furent envoyés et comme par hasard, ce jour-là, nous mangeâmes très correctement.  Les autorités décidèrent de constituer une table de « suralimentation ». Toutes celles qui avaient accusé une baisse de poids sensible furent admises à cette table. Elles mangeaient exactement comme nous mais leur suralimentation consistait en un pain de beurre supplémentaire aux repas de midi et du soir. Néanmoins, comme ce beurre avait été en contact avec un couteau ayant préalablement servi à hacher de l’ail ou de l’oignon, il était immangeable comme d’ailleurs celui que l’on nous servait au petit-déjeuner.

Le réfectoire ne comportait que des tables octogonales. A ces tables de huit, nous devions être obligatoirement deux premières années, deux deuxièmes années, deux troisièmes années et deux quatrièmes années. Ce système nous permettait de mieux connaître les élèves des autres classes et nous évitaient de vivre repliées sur la nôtre. Je trouvais cette initiative excellente.

Lorsque nous étions fatiguées, nous allions à l’infirmerie où mademoiselle Madeleine nous accueillait. Je n’ai jamais su si elle était vraiment infirmière mais elle nous soignait en nous faisant immanquablement une tisane. Je n’aurais pas pu lui donner un âge car elle était petite, menue, ridée comme une vieille pomme reinette. Cependant, de quelle gentillesse et de quel dévouement faisait-elle preuve auprès de toutes les normaliennes ! Nous l’adorions et même si sa tisane était parfaitement inoffensive, elle nous apportait le réconfort que l’on attendait lorsqu’on venait la voir ! Nous étions certainement les enfants qu’elle n’avait pas eus. Et lorsque je rentrai en quatrième année, mademoiselle Madeleine n’était plus à son poste. Elle était soi-disant partie à la retraite. Notre déception fut grande devant cette  absence qui ne nous a jamais paru justifiée.

Voir article :  Danièle Derschlag – Autres anecdotes 

Néanmoins, nous n’étions pas là pour les nourritures terrestres mais intellectuelles. J’eus énormément de mal à m’acclimater à cette première année. Je ne trouvais pas mes repères, je n’avais pas d’amies, tout au moins au début et je n’étais pas avec les élèves de ma promotion. En effet, ayant sauté la première année d’Ecole Normale, je me retrouvais non seulement avec les élèves de la promotion précédente mais avec des redoublantes, celles qui ayant échoué à la première partie du bac, étaient autorisées à redoubler. Elles étaient une dizaine et la plupart avaient décidé de passer une année sabbatique. Elles ne prenaient pas les cours, ayant décidé qu’elles travailleraient sur ceux de l’année précédente. Le professeur d’Histoire-Géo ne l’entendit pas de cette oreille et l’orage éclata. La directrice que nous appelions « Madame » intervint et exigea qu’elles refassent une année exactement comme s’il s’agissait de la première.

Un soir, peu après la rentrée, une redoublante m’interpelle : « Eh Derschlag ! Il paraît que tu as fait le problème de Physique ? » Silence dans la classe, tout le monde attendait ma réponse.

« Oui je l’ai fait, pourquoi ? 

- Eh bien, passe le moi que je n’aie plus qu’à le recopier !

- Je regrette, fais comme moi, cherche-le, il n’est pas question que je te le passe ! »

Stupéfaction dans la classe. J’avais osé tenir tête à une redoublante, moi la nouvelle arrivée que l’on méprisait parce qu’elle n’avait pas effectué sa seconde à l’Ecole Normale. A l’unanimité les redoublantes me détestèrent. Elles me collèrent l’étiquette « Derschlag, elle n’est pas intelligente, mais c’est une bucheuse ». Elles furent d’autant plus furieuses que je terminai le premier trimestre avec les encouragements du conseil des professeurs.

Afin de mieux se rendre compte de la vie que nous menions, voici quelques définitions. Plusieurs de mes camarades s’étaient réunies et avaient décidé de donner aux événements et aux professeurs des titres de livres ou de films :

Les pensionnaires : Les loups dans la bergerie

Mauvaise note : Préméditation

Récréation : Liberté surveillée

Pensionnat : Classe tout risque

Conseil de discipline : La sentence

Interrogation : L’assommoir

Examen de passage : La rivière sans retour

Vacances : La Fureur de vivre

Perspective de vacances : Plein soleil

L’intendante : Touchez pas au grisbi

La sous- intendante : Quand passent les cigognes (Elle attendait un bébé)

Le bac : Le salaire de la peur

Le parc : Vertes demeures 

Le bureau de Madame : Cellule 2245, couloir de la mort 

Madame dans les galeries : Pour qui sonne le glas

Conseil des profs : Les chevaliers de la table ronde 

Le dortoir : Confidences sur l’oreiller

Distribution du courrier : Les clameurs se sont tues

Loge du concierge : Périmètre interdit

La cuisine : La soupe à la grimace

Le parloir : Les cousins

Ecole Normale : Le trou

La colle : La tête contre les murs

Les douches : Sueurs froides 

Sortie du Samedi : L’eau à la bouche

Convocation chez Madame : La peur au ventre!

Voir article La littérature illustre notre vie 

 

2 Réponses à “Une jeune fille au soleil, chapitre III La rentrée”

  1. ENO filles dit :

    de Jacqueline Rodenas-Charnay
    « Oh! Paule, que de souvenirs remontent en mémoire à la suite de la lecture du 3ième chapitre des « jeunes filles au soleil ».
    Des visages retrouvés , les lieux, peut-etre plus petits , le PARC surtout .Mais le temps est passé par là !
    Il est dommage que certaine photos soient floues : il est vrai que les appareils , quand nous en avions , étaient des boîtes à savon.
    Je me suis retrouvée avec Marie-madeleine Bonne , Danielle Chatail , Annie Schiano , Yolande Palma , Christiane Roch….
    Merci pour ce grand moment de bonheur et vivement la suite
    Bises , A+ »

    Dernière publication sur ECOLE NORMALE DE FILLES D'ORAN VOLET 1 : article supprimé

  2. ENO filles dit :

    Merci Jacqueline. Votre plaisir de lire est mon plaisir d’écrire. Pourquoi ne pas nous raconter à ton tour ces souvenirs qui te reviennent. Ecris-les moi en commentaire ou sur mon email, je les mettrai sur le blog qui se nourrit de toutes vos histoires. Allez! vite à ton clavier!!!
    Bises, Paule

    Dernière publication sur ECOLE NORMALE DE FILLES D'ORAN VOLET 1 : article supprimé

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